À l’hôpital on sort du lit et on bouge !

BILLET MÉDICAL
billet1Dre Michèle Morin, M.D., Ph. D.
Interniste gériatre à l’Hôtel-Dieu de Montmagny – professeure de clinique au Département
de médecine de la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheure associée au
Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval

 

Enfant, quand j’étais malade, ma grand-mère me disait de garder le lit et de boire beaucoup de liquide. Aujourd’hui, je travaille comme médecin dans un hôpital. Et je répète quotidiennement aux personnes âgées sous mes soins de sortir du lit, même fatiguées ; de bouger, même souffrantes ; et de manger autant de protéines qu’elles le peuvent !  Autres temps, autres mœurs ?

 

Le mot « hôpital » vient du latin hospitalis domus qui signifie « lieu de refuge, d’accueil ». L’époque n’est pas si lointaine où existaient encore les « hospices », ces lieux où on PRENAIT SOIN des plus fragiles. Nos hôpitaux de 2015 en sont bien différents. On s’y occupe à perfection de l’organe « défectueux ». On y SOIGNE très bien, par des technologies de plus en plus poussées, la condition aigüe. Mais on omet parfois ce PRENDRE SOIN de la personne malade. On doit reconnaitre que l’hôpital d’aujourd’hui, avec son rythme de soins de plus en plus rapide, n’est pas très bon pour la santé de la personne vieillissante.  Celles et ceux d’entre vous qui y avez été admis ou qui y avez accompagné un proche récemment en conviendrez aisément.

 

Les différents changements du vieillissement rendent l’ainé, affaibli par la maladie, plus vulnérable lors d’un séjour à l’hôpital. En 2010, pour aider les milieux hospitaliers à répondre encore mieux aux besoins particuliers des personnes âgées, le ministère de la Santé et des Services sociaux a élaboré le guide Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier[1].

 

Depuis, tous les hôpitaux de la province prennent des mesures pour adapter leurs soins à la condition des ainés. Ces mesures permettent de diminuer les événements indésirables lorsque ces personnes sont hospitalisées. Ainsi, les risques de confusion, de complications reliées au fait d’être couché plusieurs jours dans un lit sans se lever ou de recourir à un trop grand nombre de médicaments sont diminués.

 

Dans ce changement de pratiques, VOUS avez un rôle à jouer. Il vous appartient d’exercer votre pouvoir d’agir, de remplir votre rôle de partenaire de soins. Voici quelques conseils qui pourront vous guider, vous ou votre proche âgé, lors d’un éventuel séjour hospitalier :

 

  • Sachez que le lit est votre pire ennemi à l’hôpital : bougez !!! Demandez  que votre tête de lit soit élevée le plus souvent possible si votre condition interdit de vous lever. Sinon, prenez vos repas bien assis sur le bord du lit ou au fauteuil. Obtenez l’aide nécessaire pour vous remettre précocement debout et faire quelques pas. Si vous ne devez pas marcher seul(e), demandez qu’un préposé vous accompagne au moins trois fois par jour. Profitez de la visite de vos proches pour le faire.  Si vous utilisiez déjà une canne ou une marchette, rappelez-leur de l’apporter à l’hôpital. Une journée complÈtE au lit nécessite à l’AINÉ trois jours d’efforts pour reprendre les forces ainsi perdues. C’est souvent autant de jours de plus à l’hôpital…

 

Participez dès que possible à votre toilette (soins d’hygiène). Demandez qu’on vous installe confortablement et sécuritairement et qu’on vous laisse tranquillement laver les parties de votre corps que vous pouvez. Et portez vos propres vêtements si vous n’avez plus d’examens à passer. C’est meilleur pour le moral et on se sent vite moins malade qu’en jaquette d’hôpital !

 

  • Si vous étiez continent au moment de votre entrée à l’hôpital, n’acceptez pas les protections – « culottes » ou « couches » – comme solution facile.  Demandez plutôt de l’aide pour vous rendre à la toilette. Si, dans votre condition, la distance pour vous rendre à la toilette est trop grande, une chaise d’aisance près du lit pourra représenter un compromis acceptable, le temps de prendre du mieux.

 

  • Prenez le temps qu’il vous faut pour manger. Si la nourriture vous déplait, votre famille peut sans doute vous apporter ce que vous aimez. Les substitut de repas ne doivent pas remplacer les vrais repas mais peuvent les compléter. Pourquoi ne pas prendre vos médicaments avec un peu de lait plutôt que de l’eau ? Toutes les protéines comptent ! En phase aigüe de maladie, le corps âgé a besoin d’une plus grande quantité de protéines pour guérir. Chaque bouchée doit être payante ! L’hydratation est elle aussi très importante. Réclamez qu’un verre d’eau fraiche soit toujours à votre portée et prenez-en quelques gorgées à toutes les heures – à moins bien sûr de restriction imposée par votre condition (p. ex., insuffisance cardiaque, faible taux de sodium dans le sang).

 

  • Intéressez-vous aux médicaments qui vous sont administrés. Posez des questions ! N’hésitez pas à nommer la douleur et tous vos inconforts. Et acceptez que la solution qu’on vous propose soit parfois autre chose que des médicaments. Bien souvent, ça fonctionne aussi bien que les pilules et avec beaucoup moins d’effets secondaires indésirables.

 

  • Si vous en avez, portez vos lunettes, appareils auditifs et prothèses dentaires.  Utilisez le calendrier et l’horloge de votre chambre pour ne pas perdre la notion du temps. S’il n’y en a pas, demandez-en !

 

De petits conseils simples, mais qui compteront beaucoup au moment de retrouver santé, autonomie, qualité de vie et dignité.

 

 

 

 

[1] http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2010/10-830-03.pdf