Douée pour le bonheur

Li6098_C1PRE_LaVieillesse.inddet vieillir en toute sérénité

Authentique et assumée, Janette Bertrand, 91 ans, partage avec simplicité la recette du bonheur. Dans son livre « La vieillesse par une vraie vieille », elle s’adresse aux baby-boomers et aux vieux en devenir afin qu’ils se préparent à la vie après la retraite. Parce que 30 ans à ne rien faire, c’est long longtemps !

 

Texte : Karine Limoges

 

« Pour vous, la jeunesse est éternelle, écrit-elle à la génération boomer. Vous ne vieillirez pas! Pensez-vous. J’ai des petites nouvelles pour vous. » Le bonheur, tel qu’elle le conçoit, n’est pas dans l’oisiveté, mais dans l’action. L’auteure invite son public à réfléchir sur ce qu’il fera de ce « cadeau » d’un sursis de 20 à 30 ans avant la mort.

 

Pour échapper à cette « overdose de liberté », Janette Bertrand offre quelques pistes : faire du bénévolat, trouver une nouvelle passion, continuer de travailler. « Des vacances, c’est le fun trois semaines sur un an, mais que fait-on des autres semaines dans l’année ? », lance-t-elle au magazine Vivre en santé. Aux plus jeunes encore, elle donne le conseil de commencer tout de suite à économiser leur argent pour couler aisément leurs vieux jours.

 

Suite de son autobiographie « Ma vie en trois actes », ce nouvel ouvrage aborde le crépuscule de l’existence qui apporte son lot de changements et d’adaptations. Pour Janette, le bonheur réside dans les petits plaisirs quotidiens. « Le bonheur me vient de mon père qui a vécu toute sa vie avec ma mère, une femme malade, qui se complaisait là-dedans. Il s’est sauvé en étant de bonne humeur », confie-t-elle.

 

Le corps qui change

Le plus grand deuil à faire pour cette « vieille » que tout le monde voudrait comme grand-mère, c’est celui de l’indépendance. En vieillissant, l’autonomie nous fait défaut. « C’est difficile de faire face à un corps qui change, mais puisqu’il faut le faire… Il faut prendre soin de soi, même s’il est tentant de se négliger, de ne rien faire.»

 

Même si Janette Bertrand a eu du mal à accepter de prendre la canne, elle l’a fait pour pouvoir continuer à se déplacer. « L’an dernier, je suis allée en Allemagne, ce que j’ai pu faire grâce à une chaise roulante. L’orgueil en prend un coup, mais je serais idiote de ne pas m’en servir! Il n’y a pas de réconciliation possible avec la dépendance. »

 

La sexualité et la mort

Un autre changement avec lequel les vieux doivent composer : les pratiques sexuelles. « Le mari veut souvent que ça se passe comme à 30 ans, mais ce n’est plus pareil, explique Janette. C’est encore le fun, mais c’est autre chose. On fait la tendresse. » Comme disait la chanson de Ginette Reno.

 

Les pensées sur la mort, elles, restent omniprésentes. « Je l’accepte, on meurt tous. Ce qui est fatigant, c’est de ne pas savoir quand ni comment », ajoute celle qui espère toutefois mourir d’une mort sereine, comme son père, entourée de l’amour des siens.

 

La peur

Dans son livre sur la vieillesse, Janette Bertrand aborde longuement la peur. Peur de vieillir, peur d’être un poids, peur de la pauvreté, peur d’être placé. Elle convie les enfants de parents vieillissants à faire un examen de conscience et critique sévèrement la génération issue d’une société de consommation, prête à se débarrasser des vieux comme on jette un objet embarrassant.

 

« Ne vous laissez pas mettre en ghetto, plaide-t-elle. Je ne suis pas contre les maisons d’hébergement, mais il faut qu’il y ait des alternatives. » Elle cite en exemple les Tours Frontenac qui accueillent depuis des années des résidents de tous âges qui se côtoient et s’entraident. Ou des initiatives comme en France où des vieux cohabitent avec des étudiants.

 

« Je compte sur les baby-boomers pour faire changer les choses. Inventez !» lance-t-elle comme un cri du cœur.