Le sexe après la soixantaine

Sonya BoucherSONYA BOUCHER, Aanimatrice sociale – coordonnatrice, Semaine Citoyenneté et handicap de l’UQAM – candidate à la maîtrise en sexologie, recherche-intervention

 

 

 

 

 

 

 

Pour plusieurs personnes qui vieillissent, parler de sexualité n’est pas toujours simple. Il peut être gênant d’aborder le sujet, surtout si nous avons été éduqués à ne pas en parler.

Des chercheurs en sciences humaines ont démontré que la majorité des couples de 65 ans et plus maintiennent une vie sexuelle qui était déjà active avant l’âge de la retraite. Cependant, plusieurs de ces couples souhaitent améliorer leur pratiques afin qu’elles conviennent mieux à leur mode de vie actuel. Ces personnes veulent que leur vie relationnelle et sexuelle se poursuive, mais en s’adaptant davantage à leur réalité et à leur besoins changeants.

Des mythes en héritage
Depuis des lustres, un des mythes les plus persistants veut que la personne âgée soit asexuée, comme un enfant. Autrement dit, qu’elle ne ressente pas d’attirance sexuelle. Comme si, en vieillissant, les désirs et activités sexuelles disparaissaient !

À l’origine, cette croyance s’est construite sur la vision occidentale d’une sexualité nécessairement liée aux concepts de jeunesse, de santé, de performance, de passion et d’attractivité. Bien que les médias tentent de plus en plus de présenter la diversité conjugale, la dévalorisation des corps plus vieux persiste face à ces idées arriérées.

À cela s’ajoute une lourde croyance religieuse voulant que la sexualité ait pour unique objectif la procréation. Alors, les femmes âgées sont donc plus à risque de subir les conséquences d’un double standard : on autorise d’emblée la sexualité active des hommes, mais on trouve normal que les femmes n’aient plus de vie sexuelle en vieillissant.

Cela dit, même les hommes âgés subissent les conséquences du mythe de l’asexualité. Car, trop souvent, une personne plus âgée qui manifeste de l’intérêt pour la sexualité est perçue comme anormale, malade ou hypersexuée. Ces croyances et préjugés peuvent décourager les personnes qui souhaitent exprimer leurs besoins sexuels. Les hommes ont peur de passer pour des êtres « pervers », et les femmes d’être jugées « provocantes » ou d’avoir des comportements « inappropriés ».

On assiste aujourd’hui à une contradiction sociale fort embêtante. D’une part, toutes ces fausses croyances sur une sexualité réservée à la jeunesse et qui s’accrochent dans l’esprit collectif. Et, d’autre part, il y a ce discours social qui s’adresse aux personnes âgées et qui fait la promotion d’une sexualité libérée, accessible en tout temps, pour tous.

Cela s’illustre, entre autres, par la médicalisation des troubles érectiles et de la sexualité des hommes. Comme si tous les obstacles à une vie sexuelle active pouvaient disparaitre en prenant une petite pilule. Comme si le l’accouplement était la seule façon d’expérimenter la sexualité. Pourtant, cela ne correspond pas toujours aux réalités de la vie des couples âgés. Les besoins sexuels, comme tout autre type de besoin, évoluent, changent et se modulent au fil de l’existence. La difficulté d’avoir une érection peut dépendre de plusieurs raisons et circonstances, pas du tout liées aux capacités physiques de l’homme. Et la pénétration peut ne plus convenir aux besoins sexuels de la femme. Pour mieux comprendre ces phénomènes et pour vivre une sexualité qui répond à nos besoins sexuels actuels, il est primordial de mettre de côté ces pressions sociales et d’ouvrir le dialogue sur les préoccupations réelles de chacun des partenaires.

Une nouvelle communication
Mais comment s’actualiser sexuellement lorsqu’on ressent un malaise à en discuter avec notre partenaire? Une première option est de passer le message subtilement. En laissant trainer cet article sur le coin d’une table par exemple! Certains auteurs ont écrit et publié une série de conseils pratiques sur la poursuite harmonieuse de la vie sexuelle après la retraite. Par exemple, Yvon Dallaire, Pour que l’amour et la sexualité ne meurent pas, Les Éditions Québec-Livres, 2014.

C’est en m’inspirant de ces textes et de mes observations cliniques que je vous donne trois trucs simples de communication.
Profitez des occasions d’ouverture
Votre téléroman préféré passe une scène d’intimité d’un couple âgé? Sautez sur l’occasion qui se présente et commentez ouvertement, à votre façon !
Des amis se sont mis en couple récemment? Même tactique : faites savoir vos pensées positives sur l’amour et l’intimité à la retraite.
Vous connaissez mieux votre partenaire que quiconque
Vous savez bien ce qui mettra la puce à l’oreille de votre conjoint ou conjointe Vous n’êtes pas à l’aise d’aborder le sujet de front? Glissez un commentaire qui fera son chemin dans l’esprit de votre tendre moitié.
Parlez de vous
La communication au « Je » est toujours plus efficace que l’idée de mettre la faute sur l’autre. Ça fait des années que votre partenaire vous caresse toujours de la même façon? Sans nécessairement entamer une discussion, vous pouvez mentionner que vous avez le goût de changement et de nouveauté aussi dans l’intimité, ou que vous vous sentez nostalgique de vos nuits d’amour. Parlez de vos propres pensées.
Souvent, ouvrir la porte aux possibilités permet d’expérimenter de toutes nouvelles approches avec un conjoint, de longue date ou récent, sans même avoir eu à en discuter. L’important, c’est d’être à l’aise avec vous-même. Il faut d’abord bien vous connaitre et prendre le temps d’identifier vos désirs sexuels actuels. Après réflexion, vous pourrez mieux évaluer si vos démarches « subtiles » sont suffisantes et si elles permettent de répondre à vos besoins sexuels et de communication.
Bien-sûr, comme sexologue et conseillère en communication, je suggère fortement le dialogue conjugal franc et ouvert. D’une part, parce que cela facilite instantanément l’expression individuelle des besoins précis de chacun des partenaires. Par exemple, madame pourrait expliquer qu’elle aimerait être caressée différemment, ou monsieur pourrait exprimer qu’il préfèrerait vivre sa sexualité à d’autres moments de la journée. Puis, d’autre part, le fait de discuter de sexualité entre conjoints permet une meilleure compréhension de l’autre et favorise à la fois le maintien et le renforcement de l’intimité. Il est donc possible de dire que, malgré le sentiment de gêne, une discussion honnête en tête à tête apportera plus de bénéfices que le silence.
Tout compte fait, que ce soit directement ou indirectement, il est essentiel de faire connaitre vos intérêts à votre partenaire afin que votre qualité de vie sexuelle soit maintenue à travers les âges et les différentes étapes de la vie. Le désir sexuel représente un besoin humain. Et heureusement, avec de l’adaptation, il peut être satisfait tout au long de la vie. Le dialogue, la complicité, puis la confiance en soi et en l’autre ne peuvent qu’en profiter et grandir au cœur de cette vie sexuelle renouvelée, bien active et surtout adaptée.