L’école secondaire des plus de 50 ans

Karine Limoges, collaboratrice à la revue Vivre en santé

Dans une salle, un groupe s’exerce aux vocalises; à un autre moment, des danseuses en chaussons de ballet exécutent des assouplissements à la barre au son d’une musique classique; plus tard, des musiciens manient l’archet lors d’une répétition. Non, nous ne sommes pas dans une école à vocation artistique, mais au Quartier 50+, centre récréatif municipal dévoué au mieux-être des aînés à Saint-Jérôme.

La vie commence à 50 ans. Ce slogan évocateur est celui que s’est approprié ce centre pour les plus de 50 ans qui attire chaque année quelque 1600 aînés, dont la moyenne d’âge oscille autour de 66 ans. Le lieu dynamique dispose d’un gymnase, de salle de spectacle, de billard et d’informatique, d’un bistrot ainsi que de terrains de Shuffleboard et de pétanque.

La vie au Quartier 55+
Le terrain de pétanque au Quartier 50+. (Photo: André Bernier)

Les Jérômiens doivent d’abord et avant tout leur Quartier 50+ aux joueurs de pétanque qui, en 2000, se sont retrouvés du jour au lendemain orphelins de leur boulodrome qui a fermé ses portes à Sainte-Thérèse. Les boulistes jérômiens ont approché l’administration municipale de l’époque pour réclamer un nouvel espace de jeu dans leur ville.

C’est là que commence la petite histoire d’un centre pour aînés qui deviendra un exemple de réussite et de dynamisme.

Le Quartier 50+ a accueilli ses premiers aînés en 2008 dans un ancien centre de rénovation. Pour cette initiative innovante visant à favoriser le vieillissement actif de ses citoyens, la Ville de Saint-Jérôme a été récompensée du Prix InnovA par la ministre Marguerite Blais, responsable du Ministère de la Famille et des Aînés en 2010.

Le projet aura pris huit ans à se concrétiser, mais l’attente en aura valu la peine. « Il fallait prendre le temps de conceptualiser le projet, lui donner une âme. Nous ne voulions pas seulement louer des locaux, mais que ce soit un espace ouvert pour faciliter la création de liens plutôt que de créer des ghettos », détaille Julie Deslauriers, coordonnatrice.

Prétexte pour socialiser

Julie Deslauriers, coordonnatrice
Julie Deslauriers, coordonnatrice

Mme Deslauriers n’hésite pas à comparer le Quartier 50+ à une école secondaire pour les personnes du troisième et du quatrième âge. « Il y a des périodes de battement – des pauses – le matin, à l’heure du dîner et l’après-midi. Les activités durent entre une et trois heures, et toutes les heures une nouvelle activité commence. »

Lieu propice aux nouvelles amitiés, le Quartier 50+ a connu son lot de couples, qui se sont formés entre ses murs, mais a aussi été le théâtre de ruptures et de peines d’amour. « Certains viennent nous voir, à l’accueil, et nous demandent conseil pour savoir comment séduire telle personne. Ils s’informent à savoir si elle est célibataire, nous confiant qu’ils trouvent une dame de leur goût », glisse Mme Deslauriers, sur le ton de l’anecdote.

Le centre récréatif est ouvert six jours ainsi que cinq soirs par semaine. Dans les premiers temps, les gens arrivaient seuls et se montraient timides; naturellement des leaders ont peu à peu émergé, pour créer des liens entre les adeptes d’une même discipline. Ces relations tissées serrées se transportent désormais hors du centre, certains se retrouvent pour aller souper en ville, le groupe de karaoké va s’époumoner dans les bars de karaoké et d’autres s’organisent même des voyages!

Le groupe de danse en ligne et leur professeur ont pris l’initiative d’organiser une croisière dans le sud, tout comme les membres du groupe de conditionnement physique. Pour sa part, le groupe d’espagnol s’est transporté en Espagne. « En voyage, explique Julie Deslauriers, les aînés apprennent à mieux se connaître et créent des liens, qui sont maintenus au retour ».

Réseaux d’entraide

Si pour la moitié, l’activité physique est la motivation première pour se déplacer au centre, les pauses deviennent un prétexte pour socialiser. Ces échanges ont mené les aînés à se créer spontanément de véritables réseaux d’entraide et de soutien hors des murs du Quartier 50+.

Quartier 50+(Photo: André Bernier)

À titre d’exemple, ces réseaux s’avèrent particulièrement utiles lorsqu’un aîné se retrouve confronté au deuil. Il peut alors compter sur ses pairs pour le soutenir au travers cette épreuve. Ils s’entraident aussi pour soutenir leurs camarades moins autonomes, et les accompagner à l’épicerie, leur préparer de petits plats, les aider dans les travaux d’entretien de la maison ou du terrain.

« Ça, ça n’a pas de prix pour une société », ajoute Mme Deslauriers. Depuis trois ans, le Quartier 50+ offre même un service de transport en taxi au coût de 1$, le vendredi, aux aînés fragilisés, une stratégie pour favoriser le maintien à domicile. Victime de son succès, le service compte désormais 1000 inscrits et assure le transport (à l’épicerie, à la pharmacie, à la bibliothèque, au centre commercial, et plus) à 80 personnes en moyenne chaque semaine.

Laboratoire de recherche

Le Quartier 50+, toujours à l’affût d’occasions pour bonifier ses services, a attiré l’attention de chercheurs de l’Université Concordia et du Centre PERFORM, un pôle de recherche qui veut promouvoir les saines habitudes de vie. L’automne dernier, une centaine de membres du Quartier 50+ ont accepté de participer à une étude sur la santé cognitive des personnes vieillissantes menée par le Dr Louis Bherer, neuropsychologue.

Les participants ont été scindés en trois groupes afin de mesurer l’impact de différents entraînements sur la stimulation cognitive. Un groupe effectuait un entraînement cardiovasculaire – du spinning, un cours de vélo qui a été conservé à la programmation après l’étude –, un autre, un entraînement de leurs habiletés motrices (coordination, agilité, etc.) et le dernier, un programme de stimulation cognitive (exercices de mémoire, vitesse de réaction, concentration) par logiciel informatique.

On saura, avec le dévoilement des résultats scientifiques au mois d’avril, s’il fait aussi bon vivre et vieillir au Quartier 50+ de Saint-Jérôme qu’on le soupçonne…!

Le Quartier 50+ en quelques chiffres

  • 1471 membres en 2008 (1ière année)
  • 2600 membres en 2017
  • 20 % des membres ont 50 à 59 ans
  • Près de 50 % ont 60 à 69 ans
  • Plus de 30 % ont plus de 70 ans
  • 80 % vivent à Saint-Jérôme
  • 20 % proviennent de l’extérieur (Saint-Colomban, Saint-Hippolyte, Sainte-Sophie, Prévost, Sainte-Anne-des-Lacs)
  • Deux tiers (66 %) des membres sont des femmes; un tiers (33 %) sont des hommes