Parlons douleur

Article 2Laura Manole 1LAURA MANOLE, infirmière clinicienne clientèle âgée, Hôpital Saint-Luc, Montréal

On a tous ressenti de la douleur à un moment de notre vie : en se coupant, en se brûlant, en subissant une chirurgie ou après une fracture. Avoir mal à la tête ou avoir des douleurs musculaires après une activité intense, c’est courant.

En tant qu’infirmière, je vois tous les jours des gens avec des douleurs chroniques. Ils ne sont pas très bavards à ce sujet, mais j’ai déjà entendu :
• J’évite de me lever car je ne veux pas avoir mal.
• Je n’ai pas eu une bonne nuit, j’ai été réveillé par la douleur.
• Je ne sors plus de chez moi, mes genoux me font tellement mal.
• Je prends des médicaments seulement si la douleur est intolérable, car j’ai peur de la dépendance.

Souvent prise à la légère, la douleur peut réduire l’autonomie d’une personne.

Qu’est-ce que la douleur ?
La douleur est définie comme une sensation désagréable et subjective – sensorielle et émotionnelle – ressentie dans une partie du corps (Dictionnaire Larousse).

Lorsque la douleur n’est pas soulagée au-delà de 3 à 6 mois et qu’elle revient, on parle de douleur chronique. La douleur chronique est souvent associée à une condition médicale cachée, ou parfois sans cause précise.

Qui souffre de douleur chronique ?
Tout le monde peut souffrir de douleur chronique. Plus la douleur est intense, plus elle risque d’affecter l’autonomie.
• selon l’étude Canadian Chronic Pain Study, au Québec, en 2004, plus de 1,2 millions de personnes souffraient de douleurs chroniques, soit 16 % de la population en général;
• les 55 ans et plus sont plus sujets à présenter une douleur chronique;
• les études de la douleur chronique au Canada ont révélé qu’il s’agit d’un état déclaré fréquemment. Parmi la population à domicile, 16 % des personnes âgées de 18 à 64 ans et 27 % des personnes âgées disent souffrir de douleurs chroniques ;
• selon l’Institut de la statistique du Québec, en 2009-2010, la douleur limitait les activités d’environ 17 % des personnes âgées vivant à domicile;
• Les femmes sont plus susceptibles d’en souffrir que les hommes.

Quelles sont les conséquences de la douleur non soulagée ?

Sur le plan physique
– diminution de l’appétit
– fatigue et diminution de la mobilité
– troubles du sommeil
– risque de chute plus élevé
– incapacité physique

Sur le plan psychologique
– limitation des activités sociales et de loisir
– isolement social
– anxiété, agressivité, irritabilité
– dépression
– diminution de la concentration et de l’attention

Et pour le traitement ?

On doit donc traiter la douleur pour préserver une autonomie maximale et maintenir la qualité de vie.

La perception de la douleur est propre à chaque personne. La personne souffrante est la mieux placée pour en juger. Alors, pour une prise en charge optimale, n’hésitez pas à en parler à votre médecin ou à un professionnel de la santé. Il est important de comprendre que ce que vous ressentez – intensité, particularités, sensation de brûlure, raideur ou autres – a un impact sur votre quotidien. Cela dirigera le médecin vers des pistes de traitement et vers des ressources spécialisées selon le cas, par exemple, une clinique de la douleur. En faisant appel à différentes disciplines médicales, le soulagement de la douleur chronique signifie souvent un équilibre entre le contrôle de la douleur et la qualité de vie de la personne.

– Médicaments – divers médicaments sont proposés pour le soulagement de la douleur. Il ne faut pas s’attendre à un soulagement total, mais plutôt à un soulagement acceptable. Cela inclut aussi les infiltrations – l’injection d’un produit dans une région précise du corps.
– Activité physique – il est important de demander l’avis d’un professionnel avant de débuter une activité physique;
o elle permet de réduire le stress
o elle permet de se garder en forme et d’éviter de se laisser aller peu à peu

– Physiothérapie
o évaluation
o enseignement : par exemple, des exercices thérapeutiques appropriés, des techniques pour adopter une bonne posture ou soulever des objets, application chaleur/ froid, massage, etc.
o rééducation

– Ergothérapie
o enseignement pour conserver son énergie
o recommandations sur l’adaptation de l’environnement
o conseils sur l’utilisation des aides techniques afin de favoriser l’autonomie

– Psychologie
o enseignement de méthodes de gestion de la douleur autres que les médicaments
o soutien à la personne et à la famille

• Physiatrie (spécialité médicale)
o évaluation, traitement et réadaptation des troubles de l’appareil musculo-squelettique

• Autres
o exercices avec des stratégies de respiration/ relaxation, yoga, ostéopathie, acupuncture

Questions à se poser
• Que signifie la douleur pour moi ?
• Comment elle affecte mon quotidien ?
• Quels sont mes objectifs de soulagement ?
• Est-ce que je dois prendre des médicaments ?

Vrai ou faux ?
• Endurer la douleur permet de développer une bonne tolérance. Faux : la douleur doit être soulagée rapidement. Attendre trop longtemps peut avoir un impact sur la mobilité, l’appétit, le sommeil et sur l’humeur.

• Le but de la gestion de la douleur est de maintenir les médicaments à faible dose.
Faux : le but est de procurer du confort et une qualité de vie.

• Les personnes âgées ressentent moins de douleur.
Faux : les personnes âgées expriment différemment leur douleur.

• Il existe plusieurs façons de soulager la douleur.
Vrai : le traitement est adapté à chaque personne, car la douleur est une expérience personnelle; chacun réagit différemment.

• Les narcotiques sont des médicaments en dernier recours.
Faux : les narcotiques sont utilisés régulièrement dans le traitement de la douleur chronique.

• Les médicaments pour la douleur chronique doivent être pris de façon régulière.
Vrai : il est plus facile de gérer la douleur avec des médicaments pris régulièrement – il est important de demander l’avis de votre médecin ou pharmacien.

• L’activité physique est bénéfique et contribue au soulagement de la douleur chronique.
Vrai : le réflexe est souvent d’arrêter les activités physiques, sources de douleur. Mais, il est important de rester actif avec des exercices appropriés.

Pour obtenir davantage d’information sur la douleur chronique Association québécoise de la douleur chronique- http://www.douleurchronique.org

2030, boul. Pie-IX, bureau 403
Montréal (Québec) H1V 2C8
Tél. : 514 355-4198
Sans frais : 1 855 230-4198
Ligne d’écoute : 1 855-DOULEUR (1 855 368-5387)